Bien apprendre...

Bien apprendre le tango argentin, ce n'est pas apprendre des figures, mais découvrir l'esprit de cette danse, si différentes des autres.
Vous trouverez ici quelques réflexions qui vous expliqueront notre manière d'apprendre le tango.

Improvisation - Les rôles... - Guidage - Axes et directions - Rythme et musicalité - Faire bonne figure - Fioritures - Cours de tango - Et si vous allez à Buenos Aires

Pensez à consulter le vocabulaire du tango sur Marseille Tango si vous rencontrez des termes inconnus.

Improvisation

Avant tout, le tango est une danse d'improvisation. Il n'y a pas de chorégraphie. Chaque évolution sur la piste est le résultat de l'alchimie entre la musique, le cavalier et sa partenaire.

Si la plupart des maestros effectuent des démonstrations chorégraphiées, c'est que ces prestations ont un but de spectacle. Dès qu'ils redeviennent danseurs, ils lancent la machine à créer et reprennent le cours de l'improvisation.

L'improvisation est aussi un dialogue avec la cavalière. C'est le couple qui joue avec la musique. Le cavalier doit donc rester attentif aux propositions de sa partenaire. Ce que certains considèrent comme des erreurs sont en fait des petits grains qui permettent, de la même façon qu'une huître perlière, de créer une perle d'improvisation.

Pour improviser, il faut être attentif et toujours sortir des senties battus et rebattus, si c'est possible et cela, sans perdre sa cavalière, la musique et sans percuter les autres danseurs, les murs, l'orchestre et tout ce qui peut encombrer les évolutions.

Les rôles...

Photo Philippe Fassier 2013Le tango argentin est une danse en couple. C'est même sans doute la danse la "plus" en couple. En effet, c'est le couple qui danse et pas chaque danseur séparément.

On peut danser de la même façon avec plusieurs partenaires les danses de salon, la salsa ou le rock. En revanche, au tango, chaque rencontre incite à découvrir de nouvelles voies.

Pour que cette harmonie dans le couple soit possible, il y a plusieurs règles qui ne sont pas impunément transgressées.

  •  C'est le cavalier qui guide. C'est à dire qu'il a la responsabilité des évolutions du couple.

  •  C'est la cavalière qui suit. C'est à dire qu'elle doit réaliser les évolutions proposées par le cavalier.

  •  C'est la musique qui décide du tout. C'est à dire que toute évolution doit être le résultat du ressentit de la musique.

Dans ce trio, le partenaire le plus tyrannique est la musique. En effet, c'est elle qui ouvrira la gamme des possibilités d'expression. Un bon danseur doit donc bien connaître la musique. Il saura alors prévoir des mouvements particulièrement adaptés, ce qui aura l'avantage de ravir la cavalière...

La quasi-totalité des danseuses préfèrent un danseur qui respecte la musique à un danseur qui déballe toute la panoplie des figures qu'il a appris en cours.

En remerciement de l'attention de la femme qui fera au mieux les mouvements demandés, l'homme portera toute son attention restante (ce que la musique n'a pas phagocyté), au bien-être de sa cavalière. Il ne doit pas non plus oublier de laisser vivre les propositions d'improvisation de sa partenaire.

Il veillera à identifier les mouvements qui lui plaisent et ceux qu'elle redoute, pour les dispenser avec la mesure et le tact qui convient.

En conséquent, un bon danseur est celui qui arrive à danser avec une débutante en la mettant en sécurité. Il aura ainsi prouvé qu'il sait être attentif et "proposer" clairement.

N'oubliez pas qu'à Buenos Aires, ce n'est pas la figure qui est recherchée, mais l'harmonie du couple et même du bal.

Vous découvrirez avec surprise qu'en dansant sans aucune figure, mais avec un guidage doux et soigné, vous ravirez l'essentiel des cavalières, beaucoup plus facilement qu'avec des figures compliquées à apprendre, comprendre et maîtriser. De plus, en vous adaptant à la danseuse, vous parviendrez à vous faire plaisir car vous aurez évité tout ce qui coince.

La récompense de la cavalière pour sa "soumission", c'est qu'elle est mise en valeur, choyée. Cela vaut bien d'inverser pour quelques danses le port de la culotte dans le couple ;-)

Cependant, avec beaucoup de pratique, vous remarquerez que le tango est un jeu subtil de "à toi, à moi", la cavalière sachant guider à sa manière. C'est un peu difficile à expliquer car c'est très subtil (sinon, c'est simplement une inversion des rôles).

C'est le résultat d'un cavalier très attentif et d'une cavalière imaginative. La danse terminée, il vous sera bien difficile de dire qui a pris l'initiative de telle ou tel mouvement. C'est une des nombreuses magies du tango.

Guidage

Photo Philippe FassierC'est la pierre angulaire du tango. Même si l'on a bien compris que le cavalier doit indiquer ce qu'il souhaite à la cavalière et que celle-ci doit exécuter précisément ce qui est demandé, le guidage est ce qui est le plus difficile à mettre en œuvre. En contrepartie, c'est l'essentiel du plaisir du tango. Plus le guidage sera précis et plus le plaisir sera grand à danser (et à regarder).

Même si les danseurs ont en général de belles chaussures, les pieds ont un rôle très secondaire dans le tango. Cependant, c'est souvent eux qui attirent l'attention du débutant. Ce qui est intéressant se passe à un tout autre niveau, à l'étage du buste.

Il serait ridicule de faire ici un cours de guidage par écrit, car tout est dans la sensation. On réservera donc au cours l'expérimentation du guidage. Cependant, quelques règles sont à conserver à l'esprit aussi longtemps qu'elles ne seront pas devenues naturelles.

Il convient pour bien comprendre les limites du guidage, de distinguer les figures des fioritures. Les premières sont guidées, les secondes sont laissées à l'initiative de chacun du moment qu'elles ne perturbent pas la danse.

  •  Si le cavalier ne demande rien, la cavalière ne fait rien. Le tango est fait de mouvements et de pauses. Si la musique vous les inspire, vous pouvez toutefois peupler les pauses de fioritures calmes. La cavalière débutante va souvent avoir tendance à enchaîner deux figures, par exemple un huit en sortie de tour, ou à faire un gancho sauvage (ce qui a en plus l'inconvénient d'être très dangereux).

  •  Lorsque la cavalière a compris l'indication du cavalier, elle doit parfaitement jouer le jeu. toutes les graduations sont possibles. Chaque cavalière aura la sienne. On retiendra cependant qu'il est rarement agréable d'avoir une cavalière lourde. Pour cela, elle devra transmettre dans son mouvement le plus possible de l'énergie envoyée par le cavalier. L'homme aura ainsi l'impression d'avoir une cavalière légère avec laquelle il pourra faire des mouvements sans risquer de se luxer le dos...

  •  La transmission de l'indication du cavalier doit se faire via un cadre ferme et souple. Si les danseurs sont très proches, voire "collés" (style milonguero), il suffira d'un très léger mouvement du buste pour imprimer le mouvement  nécessaire à la cavalière. Si le couple danse à distance, il faudra retrouver une précision de guidage au moyen de points de contact (mains, bras...) fermes, mais décontractés. Ce point est un des plus difficiles à obtenir. Certains raidissent leur bras ou au contraire sont trop mous. Il faut avoir la seule rigidité suffisante, pas une once de plus... En tango nuevo, les mouvements vifs et les oppositions de direction, les tensions crées font qu'il faut interpréter cette règle vers plus de tonicité. Cependant, là encore, seule la "force" nécessaire doit être employée.

Axes et directions

Photo Philippe FassierIl n'est pas question ici du sens du bal (vous en trouverez les règles ici...), mais d'étudier les libertés de mouvement du couple et des partenaires du couple au sein de celui-ci.

Chaque partenaire a son axe propre. Chacun doit veiller à conserver son propre équilibre, tout en ne déséquilibrant pas l'autre. Par exemple, la cavalière engagée dans un tour doit tourner à distance constante du cavalier et le cavalier doit toujours veiller à repositionner la cavalière sur son axe lorsqu'il lui a demandé un mouvement.

Pour conserver son axe et être ainsi prête à recevoir l'indication du cavalier, la cavalière doit toujours repasser par le point zéro, c'est à dire avoir les chevilles jointes (et bien sûr, toute la longueur de la jambe qui la domine). Cela ne veut pas dire qu'elle doit s'arrêter dans cette position, mais simplement la retrouver quasi systématiquement pour éviter les raccourcis d'une position à l'autre, raccourcis qui limitent les possibilités de guidage du cavalier. Ce conseil vaut aussi pour le cavalier qui gagnera ainsi en beauté du geste.

Maintenant, étudions comment ces axes se déplacent. Il y a deux possibilités, les mouvements de translation et ceux de rotation. Ces deux mouvements rappellent les deux écoles du tango, celle qui dit que le tango est né de la marche et celle qui affirme qu'il est né du tour...

Les mouvements de translation

Lorsqu'un couple marche, les deux axes se déplacent sur une ligne commune. Ils sont en translation. Cela peut paraître le plus simple à guider, mais il est toujours possible de faire des progrès dans sa réalisation... La gamme des subtilités est vaste, rien que pour les mouvements de translation. Vous aurez l'heur de les découvrir progressivement lors de vos cours et danses.

Évoquons juste pour mémoire, les changements d'amplitude du pas, ou les changements de direction (beaucoup plus nombreux et subtils que ce que certains imaginent...).

À noter que les axes peuvent se déplacer dans des directions différentes. Pas en tango dit milonguero, mais en tango dit nuevo, par exemple lors des sacadas. C'est la rencontre de l'axe de la danseuse par le danseur qui "chasse" la jambe de la danseuse, pas un coup de pied...

Les mouvements de rotation

Photo Philippe Fassier L'axe d'un danseur peut aussi être engagé dans des mouvements de rotation. Il peut tourner sur lui-même, ou bien autour d'un autre axe. Ceci est très important à comprendre pour le guidage. Le danseur doit toujours avoir à l'esprit quel axe il doit avoir en référence. Par exemple, s'il demande un pivot à la cavalière, celle-ci tournera sur son axe. Par conséquent, le cavalier devra tourner autour de la cavalière. L'axe de la cavalière sera le centre du dispositif et les épaules du cavalier effectueront une portion de circonférence imaginaire autour de cet axe.

Si le cavalier souhaite que la cavalière tourne autour de lui, c'est lui qui deviendra le pivot et c'est la cavalière qui décrira la portion de circonférence.

Toutes les combinaisons sont possibles et se verront au fur-et-à-mesure de la progression dans la maîtrise (deux axes en rotation, un seul axe partagé entre les partenaires ou combinaison de translation et de rotation...). Cependant, réfléchir sur cette simple différence d'axe permet au cavalier de bien guider un tour et un pivot. Ainsi, il n'aura pas le risque de voir une cavalière s'engager dans un tour alors qu'il souhaitait simplement la faire pivoter.

Rythme et musicalité

Photo Philippe FassierNous avons vu l'importance de la musique. Dès que possible, les danseurs devront se confronter à des musiques différentes. Je ne parle pas seulement de la différence entre les tangos, milongas et valses, mais au sein de la même catégorie, des différences musicales qui permettront au couple d'exprimer autre chose pour peu qu'il fasse preuve de sensibilité et d'écoute.

Le tango étant à l'origine un rythme binaire (à 2 ou 4 temps), si on excepte la valse (3 temps), les posés de pieds se feront principalement sur ces temps. La combinaison du guidage et de l'écoute de la musique fera que les partenaires poseront leurs pieds en même temps. Les danseurs ont aussi la liberté de jouer avec les contretemps (moments intermédiaires entre les temps), voire sur des intervalles plus brefs lorsqu'ils deviennent virtuoses du jeu de jambe. Attention cependant à ne pas perdre l'harmonie de la danse. N'oubliez pas aussi que la cavalière doit être mise en valeur. Si le cavalier se démène à 200 à l'heure, dans une frénésie de petits pas vifs, la cavalière risque de ne pas pouvoir suivre le rythme en conservant sa grâce... Si elle reste plus sobre, elle risque alors de disparaître derrière ce vibrant danseur.

Attention, tous les temps de la musique ne doivent pas être nécessairement dansés. La musique de tango est très riche et il y a en général plusieurs étages superposés. Une rythmique qui peut être à ellipse, et plusieurs niveaux mélodiques qui s'enchevêtrent et se relayent.

Le danseur pourra exploiter tantôt l'un ou l'autre de ces niveaux en fonction de sa partenaire, de ses envies et de l'encombrement de la piste de danse...

Vol

Vous découvrirez, en approfondissant la chose, que le posé juste n'est pas forcément celui qui tombe pile au millième de seconde sur le temps, mais parfois celui qui sera très légèrement décalé. Ces petits jeux de retard sur la musique, ou avec le partenaire donnent une dynamique et une beauté au tango.  Là encore, c'est une histoire de sensibilité. En musique, on appelle cela le rubato (terme italien signifiant "dérober").

Faire bonne figure

Photo Philippe FassierCertaines cavalières assises au bord de la piste observent le visage des danseuses pour y détecter le plaisir. Elles prennent cela comme un indicateur de talent du cavalier. Mais ce n'est pas cette bonne figure que je souhaite évoquer ici...

Une figure est tout ce qui ne peut pas se faire sans guidage. La marche, avant et arrière, le pas de côté, le pivot, le huit et le tour sont le résultat d'un guidage, au moins dans leur phase d'initiation.

Certaines figures plus complexes, comme les boléos et les ganchos ou les volcadas et colgadas ne peuvent jamais se faire sans guidage. Les premières car elles comportent un risque de blesser un couple voisin, ou même le cavalier qui peut ne pas s'y attendre. Les secondes, se traduisant par un jeu sur les axes respectifs des partenaires ne peuvent être initiés que par le cavalier qui l'aura préparé en affermissant ses appuis.

Ces recommandations sont aussi dans l'intérêt de la cavalière. Se jeter violemment en arrière ou en avant risque de déséquilibrer le cavalier et d'entraîner ainsi le couple vers le sol...

Par respect pour sa cavalière, le cavalier ne demandera pas des figures demandant une certaine préparation de la part de la cavalière s'il ne les maîtrise pas. Je pense en particulier à ces volcadas qui cassent en deux le dos des cavalières surprises. Même bien guidée, une volcada peut être dangereuse pour une cavalière qui ne la connaît pas.

Nous placerons aussi dans cette catégorie les barridas et les sacadas car c'est le mouvement du partenaire qui les provoque, Ce ne sont donc pas des fioritures, même si trop souvent la barrida est exécutée comme un "pousse-pied" et la sacada un "coup de jambe".

Un dernier conseil. Les Portègnes (habitants de Buenos Aires) font très peu de figure. Posez-vous la question de savoir pourquoi et essayez de voir si l'harmonie du couple n'est pas au final plus satisfaisante que quelques figures acrobatiques passées "à l'arrache".

Fioritures

Photo Philippe Fassier (détail)Maintenant que nous avons parlé des figures, voyons ce qui ne se guide pas, les fioritures (adornos)...

La première et la plus simple des fioritures, c'est le sourire...
Je sais bien qu'Enrique Santos Discépolo puis Ernesto Sabato ont diffusé la maxime selon laquelle "Le tango est une pensée triste qui peut se danser", mais tout de même, on danse pour le bonheur que cela procure, pas pour se déprimer.

Il y a ensuite tous les petits jeux de traspié que le cavalier peut effectuer sans les répercuter à sa cavalière. Plus rarement, la cavalière peut prendre l'initiative d'en faire, mais c'est risqué si le cavalier demande quelque chose juste à ce moment.

Elle aura en revanche toute la gamme des jeux de cheville, et tous ces temps de caricias et lustradas, à condition que le cavalier lui en laisse le temps. Cependant, n'exagérez pas. Faits systématiquement, ces ornements risquent de nuire au rythme de la danse. Ils sont souvent malvenus dans la valse ou la milonga.

Là encore, la sagesse vient de Buenos Aires où tout cela fait avec finesse et raffinement. Cependant, cavaliers, si votre cavalière aime ces fioritures, laisser lui du champ pour les réaliser. et interprétez, si possible, la musique avec cette nouvelle contrainte.

N'oubliez pas que le tango est surtout joli de tout ce qui ne se montre pas...

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